Le journal d'une danseuse qui dessine des danseurs quand elle ne danse pas

Bienvenue dans mon journal où je raconte mes pas de danse et mes traits de crayons. 

La page blanche de fin d’été

La page blanche de fin d’été

Mardi, Octobre 20, 2026

Salento | Extrait du Journal d'une danseuse qui dessine de danseurs quand elle ne danse pas.

À la fin de l'été, je me suis retrouvée face à une sorte de blocage, probablement parce que j’ai évité, jour après jour, d’écrire ces quelques lignes. Alors me voilà : vaincue.

Dessiner a toujours été une affaire de famille pour moi, où, à chaque génération, un enfant naît un crayon à la main. Ma grand-mère, papa, moi.

Dans ma vie, petite fille comme adulte, dès que j’avais terminé un dessin, je courais toujours le montrer à mon père. Lui qui, à chaque promenade, me disait inlassablement : « Regarde ! Regarde ! » m’invitant à exercer mon regard, à observer, et mon esprit à s’émerveiller.

Devant le énième chef-d’œuvre ou gribouillage de sa princesse, de sa voix douce, il m’indiquait où se trouvait l’erreur. Souvent, il m’encourageait à prendre une « licence poétique » : « Laisse comme ça, tu n’es pas architecte, quand même ! » avant d’ajouter un commentaire qui allait me priver de sommeil : « C’est sûr que de cet étagère, que tu as dessinée, n'importe quoi tomberait ». Son avis comptait plus que tout pour moi, parce qu’il était toujours honnête et délicat : « Magnifique, mon amour », ou bien « Disons que nous savons que tu es capable de dessiner mieux que ça ».

Un jour, il y a un peu plus de trois ans, alors que je travaillais sur mon dessin du Swing in Kiosque, je me suis dit : « Demain, je le termine et j’appelle papa » puis, instinctivement, je l’ai appelé en vidéo, tout de suite, dans l’urgence de lui montrer un dessin inachevé. Je sentais que le lendemain n’était plus aussi certain qu’autrefois, et j’étais fière de ce dessin.

Le lendemain, papa s’est cassé une jambe et ses maladies ont pris le dessus.

J’ai dessiné la carte postale verte du Swing-out, assise dans le bar d’un hôpital.

J’ai dessiné la danse dans la place de la Comédie, installée au petit bureau d’un hôtel situé près de ce même hôpital..

Le dessin de la danse au Jardin Public est resté accroché au mur d’une clinique pendant huit longs mois.

Puis, enfin, est arrivée l'illustration du bonheur : une acrobatie, tandis que, assise à la table de la maison de mes parents, je les regardais, main dans la main, devant la télévision. À nouveau réunis.

Papa a vu tous mes dessins, mais il ne verra pas les prochains. Ce jour d’août, le crayon m’est tombé de la main dans un bruit sourd, définitif.

Je me suis concentrée sur les voyages, avec l’idée de retrouver la famille, les neveux.

« Tata, s’il te plaît, dis-moi que tu as apporté un jeu », m’a dit mon neveu il y a quelques jours, alors qu’il assistait à un concert qui manquait un petit peu de dynamisme. « J’ai mon petit carnet anti-ennui, si tu veux, tu peux écrire ou dessiner ». Il l’a pris avec joie, a rapidement regardé autour de lui, puis m’a montré chacun de ses petits dessins en me demandant conseil. Je lui répondais : « Regarde, regarde plus longtemps. ».

Sans le savoir, mon neveu m’a sauvée : j’ai repris mon crayon en main ; ma main comme enlacée par la main de mon père ;  l’impatience de découvrir le prochain dessin de mon neveu.

Nelly
Ecrit
Mercredi, Octobre 21, 2026
Merci Angela pour ce récit si beau, si bouleversant. Il nous rappelle avec justesse ce qui compte réellement, nos proches et la valeur des liens, et l'importance de ne pas baisser les bras même quand on est confronté à des épreuves douloureuses :)
Jack
Ecrit
Mercredi, Octobre 21, 2026
Merci Angela de ce récit tellement touchant! Et de te lire donne de l'espoir que ce soit par la danse le dessin ou l écriture.Et tu sais que je serais toujours là pour toi a très vite ma belle Amie
Valérie
Ecrit
Vendredi, Octobre 23, 2026
Merci pour ce magnifique partage...🙏
Virginie
Ecrit
Dimanche, Octobre 25, 2026
Magnifique Angela ! Quel bel hommage à ton père bien sûr mais aussi à cette lignée familiale d'artistes .... Avec ton neveu qui n'attend que toi pour la poursuivre!!!
Une belle ressource pour retrouver la poésie de la vie les jours de blues...
Bravo!!!
Recherche